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samedi 5 mai 2007

Légendes du Forgeron

Le Grand Boiteux et le Glaive de Lumière

Puisque c’était alors, ce n’est pas maintenant. Si c’était, je serais un historien tout désséché et gris, et qui ne serait pas mieux qu’un conteur. C’est un sac jaune avec sept vieux livres que je porterais sur mon échine, courbé, desséché, très vieux. Quoique je sois sur le point de te dire cette histoire ce soir, je ne la sais pas mieux pour cela. Si je la sais mal ce soir, puisses-tu la savoir plus mal demain soir, en sorte que tu viendras la réapprendre auprès de moi un jour à venir !

Il y avait une fois un roi qui avait un fils. Le fils du roi sortit un jour sur le rivage. Un garçon mince et roux vint à lui.
- Jouerais-tu une partie de cartes, fils du roi ? dit le garçon mince et roux.
- Ça ne me déplairait pas, dit le fils du roi.
Le fils du roi gagna la partie:
- Donne ta sentence, fils du roi, dit le garçon mince et roux.
- Je t’impose comme gages (geasa ce mot irlandais signifie exactement des obligations magiques auxquelles il est impossible de se soustraire) et obligation de l’année, qu’un château soit élevé ici demain matin.
Le lendemain matin, le château était élevé. Le garçon mince et roux vint à lui de nouveau :
- Jouerais-tu une partie de carte, fils du roi ?
- Ça ne me déplairait pas, dit le fils du roi.
Le fils du roi gagna la partie.
- Donne ta sentence, fils du roi.
- Je t’impose comme gages et obligation de l’année, que la femme la plus belle qu’il y ait au monde soit ici, au bout d’un an et un jour, ou demain matin, comme tu préféreras.
Le lendemain matin, le garçon roux vint avec la femme la plus belle qu’il y eût au monde. Il la mena par la main au fils du roi.
- Jouerais-tu une autre partie de carte, fils du roi ?
- Ça ne me déplairait pas, dit le fils du roi.
Le garçon mince et roux gagna la partie.
- Donne ta sentence, dit le fils du roi.
- Je t’impose comme gages et obligation de l’année d’avoir ici le Glaive de Lumière qui est chez le Bacach Môr (Grand Boiteux), roi de la Clarté, et de connaître Mian an Anoglaigh, au bout d’un an et un jour, ou demain matin, comme tu préféreras.
Le fils du roi entra dans sa maison, s’assit sur un siège et laissa échapper un soupir.
- Voilà un soupir de fils de roi soumis à des gages, lui dit la femme.
Le lendemain matin, le fils du roi se leva, mit son habit de guerre, et il était écrit, au dos de son épée, qu’il était le premier guerrier du monde.
- Eh bien, attends maintenant jusqu’au jour de la fête de la sainte Brigitte, lui dit la femme, les jours seront plus longs et ton voyage sera plus facile à faire.
Quand vint le jour de la fête de sainte Brigitte, le fils du roi se leva.
- Eh bien, attends jusqu’au jour de Bealtaine, dit-elle.
Quand vint le jour de Bealtaine (1er mai), le fils du roi se leva au matin.
- Il serait aussi bon pour toi d’attendre jusqu’au jour de Lughnasa (1er août), lui dit la femme.
Aussitôt que fut venu le jour de Lughnasa, le fils du roi se leva de bonne heure et termina son voyage en arrivant au bord de la mer. Il ne vit ni navire ni bateau. Il fit un navire de son chapeau, un mât de son bâton, des voiles de sa chemise et des câbles de sa jarretière. Il alla sur la mer, tumultueuse, impétueuse, écoutant les phoques, le cri des mouettes, les ébats des anguilles, en sorte que c’était le saumon le plus loin au fond qui jouait et chantait à ce moment ; en sorte que le soir et la fin du jour arrivèrent, que les souris allaient dans les trous, les oiseaux dans les arbres, que le cheval blanc allait à l’ombre de la patience, et la patience s’en allait. Il sauta haut et adroitement au sommet du pont du navire. Il vit un château qui avait un bout de plume au dedans, un bout de plume au dehors et autre bout de plume pour retenir le plancher et l’arête du toit. Il se dirigea vers le château et demanda un abir jusqu’au jour.
- Cent bienvenues à toi, fils du roi, dit le maître de la maison. Tu vas chez les Grand Boiteux demain, et tu n’iras pas à pieds ; je te donnerai un cheval, qui est à l’écurie et qui arracherait un poil au vent de Mars et auquel le vent de Mars n’arracherait pas de poil.
Il partit le lendemain pour la maison du Grand Boiteux. Il frappa un coup sur la cuaille combraic (on trouve au lieu du bouclier, ce mot obscur inexpliqué. Il est probable que nous avons ici la bonne leçon qui s’est corrompue parce que les conteurs ne connaissaient pas l’usage, au Moyen Age, de frapper l’écu de son adversaire pour le provoquer au combat) et il ne laissa pas de veau dans une vache, d’agneau dans une brebis, de poulain dans une jument, qu’il ne fit sortir par la force de son coup. Et voilà le Grand Boiteux dehors. Quand le Grand Boiteux était dans la vallée, le fils du roi était sur la colline. Le fils du roi tourna sa bête vers la maison et le Grand Boiteux alla à sa suite. Le fils du roi sauta de sa bête à l’intérieur par la fenêtre.
- Protection pour toi, fils du roi ! fit le maître de la maison.
Le Grand Boiteux lança son coup et fit deux moitiés de la bête.
- Je te donnerai une autre bête demain, dit le maître de la maison.
Le lendemain, le fils du roi partit pour la maison du Grand Boiteux. Il frappa un coup, comme il avait fait le premier jour. Et voilà le Grand Boiteux après lui. Quand le Grand Boiteux était dans la vallée, le fils du roi était sur la colline. Quand il fut à la maison, il sauta de sa bête à l’intérieur par la fenêtre.
- Protection pour toi, fils du roi ! fit le maître de la maison.
Le Grand Boiteux lança son coup et fit deux moitiés de la bête.
- Maintenant, dit le maître de la maison, je te donnerai une autre bête demain.
Le lendemain, le fils du roi partit, en sorte qu’il fut à la maison du Grand Boiteux. Il frappa un coup de la même façon. Et voilà le Grand Boiteux après lui. Quand le Grand Boiteux était dans la vallée, le fils du roi était sur la colline, jusqu’à ce qu’il fut à la maison. Il sauta à l’intérieur par la fenêtre.
- Protection pour toi, fils du roi ! fit le maître de la maison.
Le Grand Boiteux lança son coup et fit deux moitiés de la bête.
- Maintenant, dit le maître de la maison, tu vas aller demain et tu n’auras plus de bête avec toi.
Le Grand boiteux est si accablé qu’il ne marche pas un pas sans enfoncer en terre jusqu’aux genoux. Tu suivras sa trace jusqu’à la tête de son lit. Tu trouveras le Glaive de Lumière sur le baldaquin de son lit. Tire le glaive de son fourreau, et la lumière fera sauter le Grand boiteux sur ses pieds. Tire le glaive et dis-lui que s’il ne se rend pas, tu vas lui couper la tête. Sur ta vie, ne fais pas cela ; c’est mon frère, l’oncle de ta femme.
Le fils du roi partit au matin. Il suivit la trace jusqu’à la tête du lit. Il trouva le Glaive de Lumière suspendu au baldaquin du lit. Le Grand boiteux sauta du lit. Le fils du roi tira le glaive et lui dit:
- Rends-toi, ou je te couperai la tête.
- Ne fais pas cela, dit le Grand Boiteux ; cent bienvenue à toi, fils du roi ! Je suis l’oncle de ta femme. Assieds-toi ici que je te raconte comment j’ai eu ma femme.
“ J’étais une fois ici, dit-il, et je sortis. Je vis un homme sauvage. Il était en train de manger du cresson. J’ôtai ma peau, dit le Grand Boiteux ; pendant que le sauvage mangeait une tige, je mangeais deux tiges. Je m’approchai de lui pas à pas. Je le saisis, je l’emportai à la maison, je le lavai et le nettoyai et je lui mis un bon vêtement.
“ Ma femme ne tarda pas à préférer l’homme sauvage à moi. Elle me frappa avec une baguette magique et me changea en cheval blanc. Il n’y avait pas une seule besogne habituelles de la maison que je ne fusse obligé de faire. Maintenant j’avais toujours à moi l’intelligence d’un homme. Je me grattais sur les grilles et je laissais mes crins dessus. Un homme entra alors, alla trouver ma femme, et lui dit que j’étais sale et que ja salissais tout dans la maison.
“ Ma femme sortit, elle me frappa avec une baguette magique sombre et me changea en grand taureau. . Maintenant j’avais toujours à moi l’intelligence d’un homme. Je ne laissais pas une fille aller traire, sans la suivre et la chasser du champ, et la crainte que les filles avaient de moi ne leur permettait pas d’aller traire. Un homme entra, alla trouver ma femme et dit que je faisais beaucoup de dommages.
“ Ma femme sortit, elle me frappa avec une baguette magique sombre et me changea en loup. J’avais toujours à moi l’intelligence d’un homme. J’entrai dans le bois et je poussai trois hurlements . Il n’y eut pas un seul loup dans le bois qui ne se rassemblât autour de moi. Comme j’avais en moi l’intelligence d’un homme, je les conduisis. Nous commençâmes à tuer les brebis. On entendit dire alors que les loups tuaient les brebis du pays. Une grande chasse de chiens vint nous poursuivre. Comme j’avais toujours l’intelligence en moi d’un homme, je vis venir le roi à cheval. J’avais en moi l’intelligence d’un homme. Je me jetai à genoux devant le roi. Je te pardonne, noble chien, dit le roi.
“ Le roi me conduisit chez lui. Tous les enfants qu’il avait eus auparavant, il venait une grande main qui les emportait avec leur berceau C’était Mian an Anoglaigh. Le roi dit: “ Je mettrai le noble chien à garder l’enfant cette nuit ”. Il me laissa garder l’enfant. Je n’y étais pas depuis longtemps qu’il vint une grande main. Je saisis la main et je continuai à la mordre en remontant toujours le long du bras. Je coupais le bras à l’épaule. Je le pris et le laissai à côté du berceau.
“ Le roi envoya deux hommes suivre la trace du sang. Il suivirent le trace du sang jusqu’à ce qu’ils entrassent dans une maison qui était sous bois. Ils trouvèrent le grand géant qui était mort. Trois enfants qui étaient là étaient ceux du roi. Il emmenèrent les trois enfants à la maison du roi.
“ Le plus grand d’entre eux montait à cheval sur moi tous les jours. Je vis une baguette magique sombre dans la main du petit garçon. Je baissai le museau et la pris avec la patte. Il me frappa avec la baguette magique sombre ; je redevins tel que j’étais auparavant. Je vins à la maison, je pris l’homme sauvage et je le jetai à la porte. Voilà comment j’ai eu ma femme. Voici pour toi le Glaive de Lumière. Va-t’en chez toi et que le bonheur soit avec ta femme ! ”
Voilà mon histoire, une paille dans ta bouche et de longs gâteaux jaunes dans ma bouche !

Le Forgeron qui guérissait le mal de dents

Il y avait une fois un homme qui était rendu fou par le mal de dents. Il ne savait ce qu’il avait de mieux à faire, mais il pensait qu’il ne pouvait pas supporter plus longtemps la douleur. Les voisins étaient aimables, et ils allaient le trouver, tout affliger et lui apportaient bien des remèdes, mais sans qu’il s’en trouvât mieux. Enfin une femme lui donna le conseil d’aller chez le forgeron, car tous les forgerons avaient des recettes magiques contre le mal de dents.
Il suivit le conseil et alla à la forge sur-le-champ. Il raconta son histoire au forgeron. Le forgeron ne pouvait rien au mal de dents, mais c’était un homme habile et rusé ; il tourna vers lui une figure longue et affligée et fit beaucoup de questions au pauvre homme qui était malade. Le malade lui dit qu’il préférerait souffrir n’importe quoi pour mettre fin à son mal de dents.
- Je te guérirai, dit le forgeron, et ma parole que je ne te blesserai pas le moins du monde !
- Hélas ! que la bénédiction de Dieu soit longtemps sur toi ! dit le malade.
Là-dessus, le forgeron alla prendre une tresse bien douce de lin et l’enroula fortement deux fois autour de la dent malade ; il fit une corde de l’autre partie et en attacha le bout aux cornes de l’enclume.
Maintenant, le malade était courbé en deux et son nez était à six ou sept pouces de l’enclume.
- Aie patience maintenant un petit moment et l’enclume tirera le mal et la douleur de cette dent-là, dit le forgeron.
Le pauvre homme s’arrangea, les mains sur les genoux, la bouche ouverte, avec un petit filet de salive qui en découlait. Le forgeron alla à ses affaires, souffla le feu, rassembla les charbons, et de temps en temps, il tirait un long fer qui était dans le feu, le regardait, l’y fourrait de nouveau et cela en racontant une histoire merveilleuse pendant tout ce temps, tandis que l’autre regardait la terre et laissait échapper des grognements pour toute réponse. Mais au milieu de l’histoire le forgeron tira le fer rouge rapidement et le jeta sur l’enclume vivement et fortement. Il en partit une grande pluie d’étincelles. Le pauvre homme bondit en arrière et tomba sur le plancher. Le forgeron éclata de rire. Quand le malade se leva, il avait beaucoup de sang dans la bouche, mais la dent était partie. Elle était au bout du fil.
- Que mon corps échappe au diable ! dit-il, je ne l’ai pas sentie s’en aller le moins du monde.
- Ne l’avais-je pas dit ? dit le forgeron, va maintenant chez toi et quand tu auras encore besoin de te faire arracher une dent, tu sauras où aller.

jeudi 12 avril 2007

La Tour du Chevalier

Sur le sommet de la colline, aux pentes escarpées et boisées dominant la plaine où serpente la Meurthe, et qui sert de contrefort au plateau parc Lattier - ancien fief de Frouard - s’élève une tour qui pointe vers le ciel, dans une échancrure du rideau de verdure de la futaie d’alentour, sa toiture en poivrière : c’est la Tour du Chevalier.



Sa construction remonte à cette époque lointaine qu’enveloppent les ténèbres épaisses du moyen âge. Son ancienneté fort reculée ne pouvait manquer de créer autour d’elle fiction légendaire ; c’est ainsi que la tradition populaire nous a légué la légende, toute parfumée d’amour, de la Tour du Chevalier.
Le promeneur, que séduit l’attrait des choses d’autrefois et qui fera de la tour légendaire le but de ses pèlerinages du souvenir, pourra l’atteindre en confiant ses pas vagabonds au sentier qui longe le ruisseau d’Herbévaux, limitant les bans de Champigneulles et de Frouard et duquel on disait autrefois :

Sans pain, ni sans Sâ,
Te ne sautrème le rupt d’Herbeva.

Mais que notre promeneur ne s’avance pas dans le vallon où coule ce ruisseau avec l’indifférence des foules qui passent non loin de là et qui ignorent le passé ; qu’il se souvienne donc qu’en ces lieux, Lorrains et Messins vidèrent un jour une de leurs nombreuses querelles. C’était en 1230 et, ce jour-là, les eaux du ruisseau d’Herbévaux furent rougies du sang des combattants.
Que notre rêveur évoque aussi le souvenir de ce soldat du nom de Frisson qui, dans cette rencontre, se sacrifia pour sauver la vie de son duc « s’ébattant au milieu de la meslée avec pique et sans armure, jeta son propre corps entre li et les dagues ennemies, dont reçut vingt-deux coups, et li mourut éz pieds du généreux duc, criant à tous : N’y faillez, c’est mon prince, ne versez son sang, pour l’amour de Dié ».
Ce tribut du souvenir payé à l’Histoire de notre Lorraine, continue ton chemin, pèlerin du culte de la Légende, et arrive au pied de la Tour, après avoir escaladé la colline, apprends que cette construction, aussi haute que les plus grands chênes de la forêts, et dont l’intérieur est entièrement occupé par un escalier en spirale, fait de pierre de taille, a été édifiée par un chevalier - d’où le nom donné à cette tour - à qui l’amour avait communiqué assez de force pour accomplir ce travail.
Le sentiment que tu épourveras alors, sera un mélange confus d’admiration et d’étonnement.
Ce chevalier aimait... L’amour n’est-il pas l’apanage de la chevalerie ? Mais sa famille, au coeur dur comme pierre, ne voulait pas qu’il aimât celle pour laquelle son coeur s’était passionné.
Pour mettre obstacle à cet amour, elle fit enfermer dans un couvent la fiancée qu’il s’était donnée, l’accusant qu’elle « fut en un certain village et consulta bons sorciers et nécromanciennes, qui, au dit village, faisaient honneste commerce et vendanges de certains philtres d’amour et breuvage pour rendre gens amoureux.
...En face de la Tour du Chevalier, à l’autre extrémité de la plaine, les maisons de Bouxières-aux-Dames, appelé Sainte-Marie-du-Mont au temps de notre récit, escaladent, en s’appuyant les unes contre les autres, les pentes rapides d’un riant coteau, au sommet élargi, sur lequel un monastère de religieuses avait été fondé au dixième siècle par Saint Gauzelin, évêque de Toul.
Ce monastère, richement doté de reliques précieuses, objet de la dévotion publique, à quelques-unes desquelles il devait une partie de son illustration, fut au cours du moyen âge fertile en miracles.
Les filles qui peuplaient cette abbaye avaient pris le titre de Chanoinesses et n’admettaient dans leur chapitre que des demoiselles de condition. Mais, dans la suite, on les appela Servantes de Bouxières, parce qu’elles s’étaient trouvées dans la nécessité de se livrer à divers travaux manuels.
A la fin du dix-huitième siècle, le chapitre obtenait une bulle qui autorisait la translation de l’abbaye à Nancy ; parmi les motifs qu’il fit valoir, nous relevons ceux-ci :
« La maison est établie sur une montagne environnée de forêts et presque toujours infestées de brigands, et séparée de Nancy par la Meurthe, dont les fréquents débordements interceptent toute communication avec cette ville : cette situation l’expose à une foule de dangers. »
C’est dans ce monastère de Bouxières-aux-Dames que la fiancée du chevalier avait été enfermée. La jeunesse de cette vierge, arrachée à la vie, s’y étiolait comme s’étiole la rose arrachée au rosier...
Mais chaque soir, à l’heure où les étoiles ouvrent leurs yeux brillants dans la voûte assombrie du firmament, le chevalier allumait sur la plateforme de la Tour un brasier pour annoncer à la jeune captive, alors accoudée à la fenêtre de sa chambre, qu’il lui gardait sa passion.
Et la douleur insupportable que provoquait chez le chevalier les affres de l’amour ne s’atténuaient que lorsque la flamme du souvenir empourprait les coteaux envirronants, faisant en même temps rêver la jeune fille.
Elle rêvait, la captive, courir par les sentiers herbeux, cueillir le muguet et la pervenche sous les frondaisons printanières, fuir ensemble, errer de vallée en vallée et vivre dans quelque contrée lointaine. Mais, à ces rêveries, succédaient aussitôt des pensées pleines d’amertume : que faisait-on de son droit à l’amour et de sa part au soleil ? pensait-elle en s’insurgeant contre le destin.

Vers cette époque, des bandes d’aventuriers, soudards, lansquenets, piétons allemands à la solde du roi de Bohême, « viendrent en notre pays par le Salnois - la Seille - brûlant, pillant couvents et villaiges, partout où ils passaient, faisaient oeuvre inhumaine.
« Frappant dessus les pauvres gens des villaiges, les tuants, les meurtrissant comme bêtes et brûlant tout et n’y laissant maison entière. »
Une de ces bandes de Hongrois ou ogres et de Sarrazins, sous les ordres du seigneur de Kerprisheim, se présenta, au coucher du soleil, à la porte du monastère de Bouxières-aux-Dames.
« Très noble et grande dame, haute justicière, supérieure de cette maison de prière, cria le chef, ouvrez à haut et puissant seigneur, baron de Kerprisheim, et à ses hommes d’armes et compagnons d’aventure, ainsi en ordonnent les lois de la guerre et ses rigueurs, sans forfaiture, ni déshonneur en notre Vierge Sainte, pour vos filles. »
Que pouvait opposer la supérieure de ce manoir abbatial à la force de cette soldatesque ? Sa ruse de femme : elle n’y faillit.
« Très haut et très puissant seigneur, baron de Kerprisheim, répondit-elle, en jetant vers la Tour un regard d’espérance, nuancé d’inquiétude et en portant langueur et gracieuseté dans son langage, ce soir les humbles servantes de Bouxières reçoivent à honneur Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque de Metz, qui se rend par étapes au grand pèlerinage de Saint-Nicolas-du-Port avec nombreuse escorte. D’ailleurs, son arrivé sera annoncée par un feu d’hommage, allumé sur la colline voisine. »
Au même instant, la torche immense qui, chaque soir, jetait dans la vallée des lueurs d’incendie, s’allumait sur la Tour.
Le baron de Kerprisheim, fort dépité, mais ne pouvant ignorer la toute-puissance de l’évêque de Metz et la valeur des hommes d’armes de son escorte, estima qu’il serait téméraire d’engager un combat dont le résultat était trop certain. Aussi préféra-t-il différer et remettre à la nuit suivante le coup de force qu’il avait prémédité contre le manoir des Dames chanoinesses.
Simulant donc un départ vers un autre objectif, il embusqua sa troupe dans les grands bois d’alentour, bien déterminé à mettre son projet à exécution le lendemain, dès que les ombres complices envelopperaient son forfait.
L’intelligence d’une femme, par l’invention de l’arrivée du puissant prélat, à laquelle le feu de la Tour donnait une apparence de réalité, avait ce soir-là sauvé le couvent de la violence des soudards et de la pire des injures.
Dans la matinée du lendemain, après avoir entendu la messe, et malgré une pluie de déluge, la supérieure s’en vint, en toute diligence, à la cour du duc de Lorraine, faire le récit, à Son Altesse très chrétienne, de l’aventure de la veille, et exposer en même temps le danger qu’avaient couru les saintes filles dont elle avait charge d’âmes.
Elle ne manqua pas de faire valoir l’intervention miraculeuse de la flamme de la Tour du Chevalier.
Et notre prince, défenseur de la foi, ne pouvait s’empêcher de voir dans ce flambeau s’allumant dans les fenêtres s’allumant dans les ténébres, l’accomplissement d’un arrêt du destin, rentrant dans les vues de la Divinité. Aussi s’empressa-t-il de faire bon accueil à la demande de la supérieure et de lui confier la petite troupe qu’elle sollicitait pour repousser toute tentative scélérate de ces Bulgares ou bougres.
Mais quand les gens d’armes, ayant à leur tête la supérieure, arrivèrent dans la vallée de la Meurthe, les eaux, gonflées par les pluies tombées depuis la veille, formaient une immense nappe liquide et furieuse, qui eût entraîné le téméraire se hasardant sur l’antique voie de Nancy à Saint-Mihiel, laquelle, comme aujourd’hui, traverse la prairie jusqu’au pont de Bouxières-aux-Dames.
L’inondation, en coupant toute communication, servait les projets du baron Kerprisheim ; alors que les chanoinesses, des fenêtres du couvent, assistaient à la ruine de leur espérance. Et la pensée seule, d’être le soir même les victimes d’une violence au service de grossiers soudards, les enveloppait d’une terreur mêlée de délire.
Dans le désarroi général que causait à ces filles « qui n’étaient point convoiteuses èz esbats d’amour », une telle éventualité, la fiancée captive, à qui le feu symbolique de chaque soir mettait au coeur, avec l’espoir, une force surnaturelle, avait conservé tous ses esprits.
Alors prenant dans ses mains fluettes la châsse contenant les reliques de saint Gauzelin, elle descendit vers la Meurthe : la foi qui soulève les montagnes donne toujours une grande espérance dans ce que l’on croit possible.
Après avoir franchi le pont de bois qui tremblait sous les coups de la rivière en fureur, et confiante dans les puissance des reliques qu’elle portait et qu’elle savait être grande, jusqu’à soustraire les eaux aux lois de la nature, elle s’engagea sur la route submergée.
O miracle ! Voilà que les eaux se séparent: celles qui étaient en amont remontent vers la source et celles qui étaient en aval fuient le courant ; et, dans le libre passage établi, la jeune vierge rejoignit la troupe de secours qui l’attendait de l’autre côté des flots et qui l’accueillit avec des transports d’allégresse.
Suivie de cette escorte, la jeune captive refit le même trajet entre les eaux contenues par ce prodige, comparable à celui que l’Arche d’Alliance avait accompli sur le fleuve du Jourdain, les eaux ne reprirent leurs cours naturel que lorsque le dernier archer eut franchi le pont qui reliait les deux rives.
Après un cantique d’action de grâces « Célébrons tous ensemble le Seigneur ! Exaltons ensemble son nom. Il nous a exaucé. Il nous délivrera de nos ennemis », chanté dans la chappele de l’abbaye - dont les vestiges attestent son caractère d’élégance architecturale - et dans lequel se confondaient les voix douces des femmes et les voix rudes de nos hommes de guerre, les troupes furent disposées d’après le plan arrêté par le maistre du camp de la cour de Lorraine.
Quand au crépuscule, la bande de scélérats du baron de Kerprisheim, à la faveur des ombres des grands arbres de la pelouse s’approchèrent du monastère, les soldats de notre duc l’enveloppèrent et la mirent en quartiers : de longtemps, on n’entendit plus parler de brigandage dans la contrée.
L’abbesse mitrée de Remiremont, qui avait en suzeraineté l’abbaye de Bouxières, à qui toutes ces choses merveilleuses furent dites avec grand détail, n’y resta pas insensible et elle tint à sanctionner sa gratitude en donnant aux deux fiancés son autorisation de mariage, à laquelle elle dédaigna joindre sa bénédiction épiscopale.
C’était trop d’émotions pour un coeur délicat. Ce suprême hommage, comme le dernier coup de vent de la tempête, brisa le lis blanc, et la vierge s’écroula dans les bras de la supérieure, ouverts à temps pour la recevoir : elle s’y endormit pour l’éternité dans la paix du Seigneur :

Faible fleur brisée au souffle du bonheur.

Les chanoinesses la pleurèrent. Elles témoignent avoir vu son âme blanche s’envoler vers le ciel bleu, où elle attend celui qu’elle a tant aimé. De ce jour la flamme symbolique ne se ralluma pas. Et le chevalier, sentant venir la mort, creusa dans le roc, au pied de la Tour, son tombeau où bientôt il devait descendre. Son âme, dit-on, rôde encore dans ces lieux qu’elle ne doit pas quitter que pour aller rejoindre un jour l’âme de celle qu’il a tant aimée et qui l’attend toujours dans le ciel bleu, où enfin elles vivront dans une félicité éternelle.

A ton retour, après tes dévotions au culte des vieilles pierres, arrête tes pas, promeneur - dont le nom est inutile à dire, car il n’a été que l’occasion de détails en vue de situer la Tour arrête tes pas, promeneur, près des peupliers plantés en bordure du ruisseau d’Herbévaux, et évoque le souvenir des deux héros de la tradition populaire en écoutant le vent qui souffle à travers le feuillage légèrement agité, il t’apportera un écho lointain de la romance populaire, doux comme le murmure d’une prière d’espèrance, mais que n’entendent pas ceux qui ont été parjures aux serments de l’amour :

Ah ! je t’attends, je l’attends, je l’attends
Celui que j’aime, que mon coeur aime.
Ah ! je t’attends, je l’attends, je l’attends
Celui que mon coeur aime tant.

Interprétation de la Légende de la Tour du Chevalier:

Cette tour, j’ai eu la chance de la voir dans ma jeunesse avant que l’idiotie des gestionnaires de la ville de Frouard de l’époque ne la détruise plutôt que de la rénover ! Bien évidemment, on peut le leur pardonner à moitié pour ne pas avoir su la réelle utilisation de cette tour, mais tout de même, la légende était bien là ! Et une tour toute seule en un lieu d’observation aussi grandiose sans un château devait bien servir à quelque chose, non ?

Elle ne méritait pas un tel sort ! Et il serait bon, pourquoi pas, d’en reconstruire une autre à l’identique. Cette tour se trouvait sur le ban de Frouard aux cités Bellevue sur le point culminant de 328,6 derrière le lieu dit Saule Gaillard à la racine du nez d’Hermès juste en dessous de l'oeil !



Sa présence est indiquée sur les vielles cartes IGN, elle est juste sur le point de culmination, devant les bâtiments ouvriers. Si on trace une droite de ce point à la Fontaine des Vaches, on trouve comme angle par rapport à l’axe Nord-Sud 60°, qui est une valeur de déplacement solaire. D’ailleurs, en prolongeant cet angle, on tombe sur une hauteur de 406 m, un point culminant Grand Couronné.

Sans pain, ni sans Sâ,
Te ne sautrème le rupt d’Herbeva.

Masson : sans Sâ autrement dit sans Sel ! Nul doute qu’en cet endroit nous soyons en un lieu central d’observation identique à celui du Sâ de Belleau dans le Val de la Natagne. Il n’est donc pas étonnant que des restes d’un petit fanum y aient été trouvés.

« La maison est établie sur une montagne environnée de forêts et presque toujours infestées de brigands, et séparée de Nancy par la Meurthe, dont les fréquents débordements interceptent toute communication avec cette ville: cette situation l’expose à une foule de dangers. »

L’observation de Sothis servait à annoncer les inondations du Nil. Existait-il une inondation de la Meurthe similaire à celle du Nil, c’est-à-dire à la même date du 18 juillet ? D’où la nécessité d’observer le lever Sothiaque en Lorraine. A moins que les celtes en aient eu aussi besoin pour déterminer leur départ de cycle astronomique ce qui serait plus plausible. On retrouve la même géographie qu’en Egypte avec le Delta de Champigneulles en sortie de la Gueule du loup avec la courbe que suit la Meurthe en cet endroit similaire à celle du Delta du Nil. Mais ce qui va conforter la Thèse de l’observation du lever Sothiaque à la Tour du Chevalier va être la présence de la ville de Lay-Saint-Christophe et la recherche sur ce que représentait Saint Christophe que nous analyserons au dossier sur le Grand Couronné, Kernunos.

Cette Tour était non seulement dédiée au levé Sothiaque mais aussi au lever du soleil et de la lune ! Le nom grec Hermès doit être identifié avec le sanscrit Sârameya, nom du chien céleste que l’on invoquait comme dieu du sommeil, gardien de la maison et préservateur des maladies.

Nous obtenons ici un nouveau renseignement nous permettant d’indiquer qu’Hermès observait le chien céleste, Sirius que la tradition celtique appelle chien de culann. Cùchulain, dans la mythologie irlandaise, était le guerrier et champion de l'Ulster. Il aurait vécu au IIIe siècle. Son nom signifie « Chien de Culann », bien qu'on l'appelât souvent le Chien d'Ulster.

http://encycl-celt.ifrance.com/cuchulain.html

Un autre massacre du paysage et du patrimoine Lorrain a été celui de la destruction de la "raquette" qui devait à n'en point douter indiquer tout comme Liverdun un lieu précis du passage du soleil juste en face du nez d'Hermès ! Lucien Geindre la situe à la place de l'usine Delattre.